Quelle température pour refuser de travailler ?

    Température pour refuser de travailler : ce que dit le Code du travail, les seuils repères INRS et les solutions pour rafraîchir vos locaux durablement.

    18 juin 202612 minMaxime Bourassin
    Quelle température pour refuser de travailler ?

    En bref

    Le Code du travail ne fixe aucune température maximale : il n'existe pas de seuil légal pour refuser de travailler.

    L'INRS retient des valeurs repères de prévention, 30 °C au bureau et 28 °C pour un travail physique, à pondérer par l'humidité et l'effort.

    Le salarié peut exercer son droit de retrait en cas de danger grave et imminent ; depuis le 1er juillet 2025, un décret renforce les obligations de prévention de l'employeur.

    Agir sur la toiture, surface la plus exposée au soleil, abaisse la température intérieure à la racine et réduit l'astreinte thermique des équipes.

    Quand le thermomètre s’emballe, la question revient chaque été dans les ateliers, les entrepôts et les plateaux de bureaux du dernier étage : à partir de quelle température a-t-on le droit de cesser le travail ? Beaucoup de salariés et d’employeurs cherchent un chiffre précis, un seuil officiel qui trancherait la situation. La réponse est plus nuancée qu’un simple nombre, et elle a évolué récemment avec un nouveau cadre réglementaire.

    Les vagues de chaleur se multiplient et s’intensifient en France, avec des pics qui dépassent désormais les 40 °C dans de nombreuses régions. Elles ne se limitent plus au cœur de l’été et débordent de plus en plus sur le printemps comme sur l’automne. Pour les bâtiments professionnels, cette tendance transforme un inconfort ponctuel en problème de fond, qui touche autant la santé des collaborateurs que la continuité de l’activité. Cet article fait le point sur ce que dit réellement la loi, sur les repères chiffrés à connaître, sur le droit de retrait, puis sur les leviers concrets pour maintenir des conditions de travail acceptables.

    Ce que dit vraiment le Code du travail sur la chaleur

    Commençons par lever une idée reçue tenace. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, le Code du travail ne fixe aucune température maximale au-delà de laquelle il serait interdit ou dangereux de travailler. Il n’existe donc pas de température légale précise qui autoriserait automatiquement un salarié à refuser de travailler. Aucun article ne mentionne, par exemple, un seuil de 33 ou 34 °C qui déclencherait une évacuation obligatoire.

    Cette absence de chiffre ne signifie pas un vide juridique. La logique du droit français repose sur une obligation de résultat en matière de sécurité plutôt que sur des seuils figés. L’employeur est tenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale de ses salariés, en vertu de son obligation générale de sécurité inscrite à l’article L. 4121-1. C’est à lui d’évaluer le risque lié à la chaleur, de l’inscrire dans son document unique d’évaluation des risques, puis de mettre en place les actions de prévention adaptées.

    Plusieurs obligations concrètes encadrent cette responsabilité :

    • ventiler et renouveler l’air des locaux pour éviter les élévations exagérées de température, conformément à l’article R. 4222-1 ;
    • mettre à disposition, sur les chantiers du bâtiment, au moins 3 litres d’eau fraîche et potable par jour et par travailleur, une obligation chiffrée précise issue de l’article R. 4534-143 ;
    • fournir des moyens de protection adaptés aux fortes chaleurs et aménager les conditions de travail quand la situation l’exige.

    Ces obligations ne dépendent d’aucun seuil de température affiché : elles s’imposent dès que l’évaluation des risques met en évidence une exposition à la chaleur.

    Cette approche par l’évaluation des risques rejoint la démarche que nous détaillons dans notre article sur la température maximale au travail, où la prévention prime toujours sur la recherche d’un seuil unique. Pour les bâtiments tertiaires, ces obligations s’articulent aussi avec les exigences plus larges du décret tertiaire en matière de performance énergétique et de confort.

    Si la loi ne donne pas de chiffre, des organismes de référence proposent des repères utiles pour orienter la décision. L’Institut national de recherche et de sécurité, l’INRS, retient ainsi des valeurs repères au-delà desquelles des actions de prévention doivent être engagées. Elles varient selon l’intensité de l’activité exercée.

    Type d’activité Valeur repère INRS Statut
    Activité de bureau sédentaire 30 °C Signal d’alerte, pas une limite d’interdiction
    Travail nécessitant une activité physique 28 °C Signal d’alerte, pas une limite d’interdiction

    Ces seuils ne sont donc pas des limites d’interdiction, mais des signaux d’alerte qui invitent à renforcer la vigilance dès qu’ils sont franchis.

    Un point essentiel mérite d’être souligné : la température de l’air seule ne suffit pas à caractériser le danger. Le risque peut survenir en dessous de 28 °C ou, au contraire, rester maîtrisé au-dessus de 30 °C selon plusieurs facteurs combinés. L’humidité de l’air, la tenue de travail, l’intensité de l’effort physique et la ventilation modifient profondément la façon dont le corps ressent et supporte la chaleur. Un atelier humide à 27 °C peut s’avérer plus éprouvant qu’un bureau sec à 31 °C.

    C’est pourquoi l’évaluation rigoureuse de l’astreinte thermique au travail s’appuie sur un indice plus complet que le simple thermomètre. L’indice WBGT, normalisé au niveau international par la norme ISO 7243 dans sa version de 2017, combine quatre facteurs : la température de l’air, l’humidité relative, la vitesse de l’air et le rayonnement thermique. Cette méthode de référence permet d’évaluer l’astreinte sur une exposition pouvant aller jusqu’à huit heures, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Elle illustre une réalité simple : deux ambiances affichant la même température au thermomètre peuvent présenter des niveaux de risque très différents.

    Pour les espaces tertiaires, ces repères rejoignent les recommandations détaillées dans notre dossier sur la température dans les bureaux selon l’INRS. Ils éclairent aussi la question, voisine mais distincte, du confort thermique en entreprise, qui se dégrade bien avant d’atteindre des seuils dangereux pour la santé.

    Le droit de retrait : un recours encadré, pas un automatisme

    Faute de seuil chiffré, le salarié dispose tout de même d’un levier juridique en cas de chaleur extrême : le droit de retrait. Ce mécanisme lui permet de quitter son poste s’il a un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Une chaleur excessive et durable, dans des locaux non aménagés et sans mesure de protection, peut entrer dans ce cadre.

    Il faut toutefois en comprendre les limites. Le droit de retrait ne se déclenche pas à partir d’une température affichée sur un thermomètre, mais à partir d’une appréciation de danger grave et imminent. Cette notion s’évalue au cas par cas, en fonction de l’état de santé de la personne, de la nature des tâches et des conditions réelles d’exposition. Un usage abusif ou mal fondé peut exposer le salarié à des conséquences. C’est donc un recours sérieux, à manier avec discernement et après avoir alerté l’employeur ou les représentants du personnel.

    Nous détaillons les conditions précises d’exercice de ce droit dans notre article dédié au droit de retrait en cas de chaleur au bureau. En pratique, le bon réflexe consiste rarement à attendre la situation extrême : mieux vaut que l’employeur anticipe et que le confort thermique soit traité en amont, avant que la question du retrait ne se pose.

    Le décret de 2025 : un cadre renforcé contre la chaleur

    Le paysage réglementaire a connu une évolution majeure récemment. Depuis le 1er juillet 2025, un décret du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur est entré en vigueur. Sans instaurer pour autant une température maximale chiffrée, il renforce nettement les obligations de prévention qui pèsent sur les employeurs.

    Concrètement, ce texte impose désormais aux employeurs plusieurs obligations renforcées :

    • identifier explicitement le risque de chaleur dans le document unique d’évaluation des risques ;
    • adapter les horaires de travail et l’aménagement des postes en période de forte chaleur ;
    • augmenter la quantité d’eau potable mise à disposition ;
    • déployer des mesures de protection adaptées en cas de vague de chaleur.

    Parmi ces dernières mesures figurent la ventilation, la brumisation et la création de zones d’ombrage, à mobiliser selon l’intensité de l’épisode.

    Ce renforcement traduit une prise de conscience : la chaleur au travail n’est plus un aléa marginal mais un risque professionnel à part entière, à anticiper au même titre que les autres. Pour les responsables de sites industriels et tertiaires, il devient stratégique d’intégrer ce paramètre dans la conception et l’entretien des bâtiments. Cette logique de prévention s’inscrit dans le mouvement plus large de la prime de chaleur au travail et des obligations associées, qui structurent désormais la gestion des fortes températures en entreprise.

    Agir sur le bâtiment plutôt que d’attendre le seuil critique

    Une fois posé le cadre réglementaire, une évidence s’impose : la meilleure réponse à la question du refus de travailler consiste à ne jamais atteindre la situation extrême. Plutôt que d’attendre que les locaux deviennent invivables, il s’agit de maintenir une température acceptable tout au long de la saison chaude. C’est là que l’enveloppe du bâtiment devient un levier décisif.

    La toiture est la surface la plus exposée au rayonnement solaire d’un bâtiment industriel ou tertiaire. Sous un toit sombre et mal protégé, la chaleur accumulée en journée se diffuse vers l’intérieur et transforme ateliers, entrepôts et bureaux du dernier étage en véritables étuves. Agir sur cette surface, c’est traiter le problème à la source plutôt que d’en compenser les effets.

    Climatisation ou enveloppe : deux logiques opposées

    Le premier réflexe consiste souvent à installer une climatisation. La solution refroidit efficacement, mais elle traite le symptôme sans s’attaquer à la cause : la chaleur continue d’entrer par le toit, et la machine doit lutter en permanence pour l’évacuer. Refroidir une grande surface commerciale ou un entrepôt par ce moyen s’avère très énergivore, ce qui pèse sur la facture comme sur le bilan carbone.

    À l’inverse, agir sur la toiture relève d’une approche passive : on empêche la chaleur d’entrer plutôt que de la combattre une fois installée. Cette logique réduit durablement les besoins de refroidissement, sans consommation supplémentaire en fonctionnement. Les deux logiques s’opposent point par point.

    Critère Climatisation (active) Traitement de l’enveloppe (passif)
    Cible Le symptôme : évacuer la chaleur entrée La cause : empêcher la chaleur d’entrer
    Mode d’action Refroidissement permanent Réflexion du rayonnement à la source
    Consommation en fonctionnement Très énergivore sur grandes surfaces Aucune consommation supplémentaire
    Effet dans le temps Lutte en continu Réduction durable des besoins de froid

    À ce sujet, notre comparatif sur l’isolation d’un bâtiment industriel montre l’intérêt d’agir d’abord sur l’enveloppe avant de recourir à des systèmes actifs.

    Le cool roof, une réponse passive et mesurable

    Parmi les solutions passives, le cool roof occupe une place de choix. Le principe est simple : appliquer sur le toit un revêtement à haute réflectance solaire, généralement clair, qui renvoie une large part du rayonnement du soleil au lieu de l’absorber. La chaleur captée par la surface diminue fortement, et avec elle la quantité de chaleur transmise à l’intérieur du bâtiment. Notre dossier complet sur le fonctionnement du cool roof détaille les mécanismes et les conditions d’efficacité de cette technologie.

    Les effets sont aujourd’hui bien documentés par la recherche. Une étude de référence publiée dans la revue Energy and Buildings montre qu’augmenter la réflectance solaire de la toiture réduit les températures intérieures maximales de l’ordre de 1 à 3 °C dans des logements non climatisés, et la demande de pointe de climatisation de 11 à 27 % dans les bâtiments équipés. Le gain de confort se mesure aussi en heures : les heures d’inconfort thermique peuvent diminuer fortement selon le climat, tout comme les charges de refroidissement.

    L’écart est encore plus spectaculaire à la surface du toit lui-même. Selon les travaux du Heat Island Group du Lawrence Berkeley National Laboratory, une toiture blanche propre réfléchissant 80 % du rayonnement solaire reste, par un après-midi d’été type, nettement plus fraîche en surface qu’une toiture grise classique. Une toiture aux teintes claires réfléchissant déjà 35 % du soleil reste plusieurs degrés plus fraîche qu’une toiture sombre. Cette baisse de température de surface se répercute, atténuée, sur l’ambiance intérieure : sous un toit qui n’emmagasine plus la chaleur, la pièce du dessous gagne couramment plusieurs degrés de confort en pic de canicule.

    L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, l’ADEME, inscrit ce type de solutions passives parmi les leviers de sobriété énergétique des bâtiments. L’intérêt dépasse d’ailleurs le seul périmètre du bâtiment : à l’échelle d’une ville, le déploiement de toitures réfléchissantes contribue à atténuer l’effet d’îlot de chaleur urbain, et une étude britannique citée par l’agence environnementale américaine estime qu’il pourrait éviter une part significative de la mortalité liée à la chaleur en milieu urbain.

    Quels bâtiments et quelles toitures sont concernés

    Le cool roof s’adapte à la plupart des configurations rencontrées dans l’industrie et le tertiaire. Il convient particulièrement aux grandes surfaces de toiture, là où l’exposition au soleil est maximale et où la climatisation coûterait cher. Les ateliers, les entrepôts logistiques et les bureaux situés sous les combles ou au dernier étage figurent parmi les premiers bénéficiaires, car ce sont eux qui subissent le plus directement l’astreinte thermique sous toiture.

    La technique se décline selon le support. Sur une toiture en bac acier, un revêtement réfléchissant traite à la fois la surchauffe et la protection de la tôle. Sur une toiture plate ou une membrane bitumineuse, l’application d’une couche réfléchissante combine confort thermique et entretien de l’étanchéité. Chaque type de support appelle un système adapté, et c’est tout l’enjeu d’un diagnostic préalable de l’existant.

    Pour les sites industriels soumis à de fortes contraintes de production, cette approche s’inscrit dans une stratégie globale de performance énergétique en industrie, où chaque degré gagné se traduit en confort pour les équipes et en économies sur les systèmes de refroidissement.

    En résumé : pas de seuil magique, mais une obligation de prévention

    Il n’existe donc pas de température officielle pour refuser de travailler. Le Code du travail ne fixe aucun plafond chiffré : ce sont l’évaluation des risques et l’obligation de sécurité de l’employeur qui prévalent, désormais renforcées par le décret entré en vigueur en 2025. Les valeurs repères de l’INRS, autour de 28 à 30 °C, servent de signaux d’alerte, à pondérer par l’humidité, l’effort et la ventilation grâce à des outils comme l’indice WBGT. Le droit de retrait reste un recours encadré, réservé aux situations de danger grave et imminent.

    Plutôt que d’attendre le seuil critique, le bon réflexe consiste à anticiper. Agir sur l’enveloppe du bâtiment, et en particulier sur la toiture, abaisse la température intérieure de plusieurs degrés et réduit l’astreinte thermique des équipes de façon durable, sans la consommation permanente d’une climatisation. C’est précisément la vocation des solutions de revêtement réfléchissant développées par Covalba pour les toitures industrielles et tertiaires. Pour évaluer le potentiel de votre site, un diagnostic gratuit permet d’identifier la solution la mieux adaptée à votre toiture et de chiffrer le gain de confort attendu avant la prochaine vague de chaleur.

    Bibliographie

    Sources

    1. Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, JORF. (2025). Légifrance Lien
    2. Institut national de recherche et de sécurité (INRS). (s. d.). Travail à la chaleur : ce qu'il faut retenir. INRS. Consulté le 18 juin 2026 Lien
    3. Institut national de recherche et de sécurité (INRS). (s. d.). Travail à la chaleur : réglementation. INRS. Consulté le 18 juin 2026 Lien
    4. International Organization for Standardization. (2017). ISO 7243:2017. Ergonomics of the thermal environment: Assessment of heat stress using the WBGT (wet bulb globe temperature) index. ISO Lien
    5. Lawrence Berkeley National Laboratory, Heat Island Group. (s. d.). Cool roofs. Heat Island Group, LBNL. Consulté le 18 juin 2026 Lien
    6. Synnefa, A., Santamouris, M., & Akbari, H. (2007). Estimating the effect of using cool coatings on energy loads and thermal comfort in residential buildings in various climatic conditions. Energy and Buildings, 39(11), 1167-1174 Lien
    7. U.S. Environmental Protection Agency (EPA). (s. d.). Using cool roofs to reduce heat islands. EPA. Consulté le 18 juin 2026 Lien
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