Peindre les routes en blanc, est-ce efficace ?

    Peindre les routes en blanc rafraîchit le bitume mais déplace la chaleur vers les piétons. Ce que dit la science et quelle surface traiter en priorité.

    18 juin 20269 minMaxime Bourassin
    Peindre les routes en blanc, est-ce efficace ?

    En bref

    Peindre les routes en blanc relève l'albédo de la chaussée, qui passe d'environ 5 % pour un bitume neuf à 80 % ou plus pour un revêtement clair.

    Résultat mesuré : une surface de chaussée 6 à 9 °C plus fraîche en plein soleil, ce qui limite la dégradation du bitume.

    Le revers physique : le rayonnement réfléchi ne disparaît pas, il retombe sur les piétons et les façades et peut augmenter le ressenti thermique de plusieurs degrés en milieu de journée.

    Pour un site industriel ou tertiaire, le levier le plus rentable n'est pas la route mais la toiture, là où le rayonnement frappe le plus fort.

    Chaque été un peu plus chaud que le précédent, les villes cherchent des parades. La teinte des routes en blanc fait partie des idées qui reviennent régulièrement dans les débats sur l’adaptation urbaine. Los Angeles a testé le procédé sur plusieurs de ses rues, d’autres collectivités s’y intéressent. L’intuition est séduisante : si une surface claire renvoie le soleil au lieu de l’absorber, pourquoi ne pas blanchir le bitume pour rafraîchir la rue ?

    La réalité physique est plus nuancée. Peindre une route en blanc refroidit bien le revêtement lui-même, c’est mesuré et reproductible. Mais la chaleur réfléchie ne s’évapore pas dans le néant : elle est renvoyée vers l’environnement immédiat, c’est-à-dire vers les corps et les bâtiments alentour. Pour un décideur industriel ou tertiaire qui cherche à rafraîchir un site, comprendre cette mécanique change tout dans le choix de la surface à traiter.

    Le principe : remonter l’albédo de la chaussée

    Tout part d’une grandeur physique simple, l’albédo, qui désigne le pouvoir réfléchissant d’une surface face au rayonnement solaire. Plus il est élevé, plus la surface renvoie le soleil au lieu de le transformer en chaleur. Nous avons détaillé cette notion et son schéma dans notre article sur l’albédo et sa définition, qui pose les bases utiles pour la suite.

    Le bitume noir est l’un des matériaux les moins réfléchissants qui soient. Un enrobé neuf affiche un albédo d’environ 5 %, autrement dit il absorbe 95 % de l’énergie solaire reçue. En vieillissant, il s’éclaircit un peu et remonte vers 10 à 20 %, là où un béton de ciment se situe plutôt entre 30 et 50 %. Une peinture ou un revêtement clair appliqué sur la chaussée vise précisément à relever cette valeur, jusqu’à 80 % ou plus pour les produits les plus réfléchissants.

    Le tableau suivant résume ces ordres de grandeur, du matériau le plus absorbant au plus réfléchissant.

    Revêtement Albédo indicatif Comportement face au soleil
    Bitume neuf Environ 5 % Absorbe la quasi-totalité du rayonnement
    Bitume vieilli 10 à 20 % S’éclaircit, absorbe un peu moins
    Béton de ciment 30 à 50 % Réfléchit une part notable
    Revêtement clair réfléchissant 80 % ou plus Renvoie l’essentiel du rayonnement

    L’écart est considérable : passer d’un bitume neuf à un revêtement clair, c’est inverser le rapport entre énergie absorbée et énergie réfléchie.

    La conséquence sur la température de surface est nette. En plein midi, un bitume classique peut grimper jusqu’à 67 °C. Un revêtement clair, lui, reste 6 à 9 °C plus frais dans les mêmes conditions. Pour la chaussée elle-même, le bénéfice est réel : un bitume moins chaud se déforme moins, fatigue moins vite et conserve sa structure plus longtemps. C’est d’ailleurs un argument de longévité, pas seulement de confort.

    Ce mécanisme rejoint exactement celui que l’on exploite sur les toitures. Le lien entre couleur de toiture et chaleur absorbée repose sur la même physique : une surface claire encaisse moins, donc chauffe moins.

    Là où ça se complique : où part la chaleur réfléchie ?

    C’est ici que l’intuition se heurte à la mesure. L’étude la plus citée sur le sujet a été menée à Los Angeles à l’aide d’une plateforme biométéorologique mobile, capable de mesurer non pas seulement la température de l’air mais le ressenti thermique réel d’un piéton, ce que les chercheurs appellent la température radiante moyenne.

    Le résultat est instructif. Oui, le revêtement réfléchissant rend la surface de la chaussée 4 à 6 °C plus froide que l’asphalte voisin. Mais dans le même temps, le ressenti thermique du piéton augmente d’environ 4 °C en milieu de journée. La raison est purement physique : réfléchir un rayonnement ne le fait pas disparaître, il est redirigé. Le revêtement clair renvoie en moyenne 118 watts par mètre carré de rayonnement solaire supplémentaire vers l’environnement, et jusqu’à 168 watts à midi. Le soir, les trottoirs reçoivent encore 20 à 30 watts par mètre carré de plus.

    Concrètement, le piéton qui marche sur une rue blanchie reçoit le soleil deux fois : directement par le ciel, et par rebond sur la chaussée. Le bitume noir, lui, encaissait cette énergie et la relâchait surtout la nuit, sous forme de chaleur infrarouge. Le revêtement clair la renvoie immédiatement, en pleine journée, là où elle gêne le plus.

    Cette nuance est capitale pour comprendre la différence entre une route et un toit. Sous un toit, il n’y a personne pour recevoir le rayonnement réfléchi : il repart vers le ciel. Sur une rue, il y a des passants, des cyclistes, des façades vitrées. La même technique produit des effets opposés selon qu’elle s’applique au-dessus des têtes ou sous les pieds.

    Et sur la température de l’air, quel effet réel ?

    Reste la question que tout le monde se pose : est-ce que blanchir les routes rafraîchit la ville ? La réponse honnête est : très peu, sauf à très grande échelle.

    Les travaux de référence sur les chaussées claires montrent que relever l’albédo de 0,20 sur l’ensemble des surfaces pavées d’une ville californienne ne baisserait la température de l’air estivale que d’environ 0,1 à 0,5 °C. Et encore, il faut pour cela traiter toutes les surfaces pavées, pas une rue isolée. Sur une portion de route unique, l’effet sur l’air ambiant est tout simplement négligeable.

    Le gain énergétique direct pour les bâtiments voisins est lui aussi faible : on parle de moins de 1 kWh par an et par mètre carré de chaussée réfléchissante. Autant dire que l’argument économique, pour un bâtiment, ne tient pas sur la route. Il tient en revanche très bien sur l’enveloppe du bâtiment lui-même.

    Ce phénomène d’accumulation de chaleur en milieu urbain porte un nom, l’îlot de chaleur urbain. Les chaussées claires y contribuent un peu, à condition d’un déploiement massif, mais elles ne sont qu’une pièce d’un puzzle qui inclut la végétalisation, l’eau et surtout le traitement des toitures, qui représentent une part énorme des surfaces exposées au soleil dans une ville dense.

    Routes claires et toitures fraîches : la même physique, deux usages

    Le procédé appliqué aux routes a un cousin bien plus mature : le cool roof, ou toiture fraîche. Le principe est identique, relever l’albédo pour renvoyer le soleil, mais l’application change tout. Sur un toit, le rayonnement réfléchi part vers le ciel sans gêner personne, et la chaleur évitée se traduit directement par un intérieur plus frais. Notre dossier sur le fonctionnement du cool roof détaille les ordres de grandeur, et les retours d’expérience comme celui de Grenoble ou de La Réunion confirment l’intérêt sur le bâti.

    Il existe aussi une différence de maturité importante entre les deux filières. Les toitures fraîches disposent de normes et de labels établis, qui permettent de comparer objectivement deux revêtements via des indicateurs comme le coefficient RS et l’indice SRI. Pour les chaussées, en revanche, il n’existe pas encore de norme ni de label officiel désignant une route comme « fraîche ». Le marché est moins encadré, ce qui complique la comparaison des produits et l’évaluation des performances réelles.

    Le tableau ci-dessous met les deux usages en vis-à-vis sur les points qui comptent pour un décideur.

    Critère Route claire Toiture fraîche
    Destination du rayonnement réfléchi Vers piétons et façades Vers le ciel, sans gêne
    Effet sur le confort des occupants Augmente le ressenti thermique au sol Réduit la chaleur en intérieur
    Normes et labels Aucun label officiel à ce jour Indicateurs établis (RS, SRI)
    Performance vérifiable à l’achat Difficile, filière peu encadrée Fiche technique opposable

    La même physique de la réflexion solaire produit donc des bénéfices nets sur un toit et des effets ambigus sur une rue.

    Cette différence n’est pas anodine pour un acheteur professionnel. Sur une toiture, on peut exiger une fiche technique avec une valeur de réflectance vérifiable. Le choix du bon revêtement dépend d’ailleurs du support, qu’il s’agisse d’une membrane bitumineuse ou d’un toit en bac acier, chaque surface ayant ses contraintes propres.

    Le sujet de la chaleur au travail, en toile de fond

    Derrière le débat sur les routes blanches se cache un enjeu très concret pour les employeurs : la protection des personnes exposées à la chaleur. Les agents de voirie qui travaillent sur des chaussées claires reçoivent justement ce rayonnement réfléchi en plein visage, ce qui n’est pas neutre.

    Le cadre réglementaire français s’est renforcé sur ce point. Depuis le 1er juillet 2025, le décret n° 2025-482 et l’article R. 4463-3 du Code du travail imposent à l’employeur d’évaluer le risque chaleur en se référant à la vigilance météorologique de Météo-France, et d’adapter l’organisation du travail dès le niveau jaune.

    En pratique, cette adaptation prend plusieurs formes concrètes :

    • des horaires décalés pour éviter les heures les plus chaudes ;
    • la suspension des tâches pénibles aux pics de chaleur ;
    • des temps de repos allongés ;
    • la mise à disposition d’eau fraîche.

    Le seuil de pénibilité, lui, se déclenche à partir de 900 heures par an d’exposition à au moins 30 °C. Au-delà de ce volume, l’exposition bascule dans un régime de suivi renforcé.

    Pour les entreprises, cette logique de protection ne s’arrête pas à la voirie. Un atelier sous une toiture sombre peut dépasser largement ces seuils en intérieur. Nous avons traité ces obligations dans nos articles sur la température maximale au travail et sur l’inconfort thermique, qui rejoignent directement la question du confort des opérateurs sur un site de production.

    Que retenir, et où agir vraiment ?

    Peindre les routes en blanc n’est ni une arnaque ni une solution miracle. C’est une technique au bilan mitigé : elle refroidit réellement le bitume, prolonge sa durée de vie et contribue marginalement à abaisser l’albédo urbain, mais elle déplace la chaleur réfléchie vers les piétons et les façades, son effet sur l’air ambiant reste marginal hors déploiement massif, et la filière est moins normée que celle des toitures fraîches.

    Pour un décideur industriel ou tertiaire, la conclusion pratique est claire. La surface qui mérite d’être traitée en priorité n’est pas la route, c’est le toit. C’est là que le rayonnement solaire frappe le plus fort, là que la chaleur évitée se traduit en confort intérieur et en économies de climatisation, et là que la chaleur réfléchie ne gêne personne. Sur un bâtiment industriel peu isolé, un revêtement réfléchissant de qualité peut faire gagner 8 à 10 °C en intérieur pendant les pics de chaleur, un écart qui change la donne pour les opérateurs comme pour les process sensibles.

    C’est précisément le cœur de métier de Covalba. Notre revêtement CovaTherm applique sur votre toiture la physique de la réflexion solaire, avec une réflectance vérifiable et une fiche technique opposable. Si vous vous demandez quelle surface de votre site mérite d’être traitée et ce que vous pouvez en attendre, le plus simple reste de partir d’un diagnostic de toiture pour chiffrer le potentiel réel sur votre bâtiment plutôt que sur la chaussée devant.

    Bibliographie

    Sources

    1. Lawrence Berkeley National Laboratory, Heat Island Group. (s. d.). Cool pavements Lien
    2. Middel, A., Turner, V. K., Schneider, F. A., Zhang, Y., & Stiller, M. (2020). Solar reflective pavements: a policy panacea to heat mitigation? Environmental Research Letters, 15(6), 064016 Lien
    3. Ministère de la Transformation et de la Fonction publiques. (2025). Chaleur intense, canicule et travail des agents publics : les précautions prévues par la réglementation (décret n° 2025-482 du 27 mai 2025) Lien
    4. Institut national de recherche et de sécurité (INRS). (2025). Travail à la chaleur : réglementation Lien
    5. U.S. Environmental Protection Agency. (s. d.). Using cool pavements to reduce heat islands Lien
    6. U.S. Environmental Protection Agency. (2008). Reducing urban heat islands: compendium of strategies, cool pavements (chapter 5) Lien
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