Température data center : quelle valeur viser et comment l’atteindre
Température data center : quelle plage viser, ce que disent ASHRAE et les normes, et comment refroidir vos salles serveurs sans tout miser sur la clim.

Dans cet article
Sommaire
5 parties
En bref
La température d'un data center se vise dans une plage de 18 à 27 degrés Celsius en entrée d'air, selon la recommandation ASHRAE.
La tendance est de remonter la consigne vers 24 à 27 degrés : le matériel reste fiable et le refroidissement consomme beaucoup moins.
Avant de refroidir, il faut réduire la charge à la source : la toiture peut dépasser 70 degrés en surface et alourdir la climatisation.
Un cool roof réfléchissant abaisse la température sous toiture de 8 à 10 degrés et soulage le système de froid dès le premier été.
Un serveur transforme chaque watt électrique consommé en chaleur. Multipliez par le nombre de baies d’une salle, ajoutez les onduleurs et la distribution électrique, et vous obtenez une charge thermique qui se compte en dizaines de kilowatts pour une petite salle, en mégawatts pour un site de colocation. Cette chaleur ne disparaît pas toute seule. Si la température dérive, les composants ralentissent, les disques tombent plus vite et, dans le pire des cas, l’arrêt d’urgence se déclenche. Pour les acteurs de la tech et les directions des systèmes d’information, maîtriser la température d’un data center n’est pas un détail de confort : c’est une condition de continuité de service.
La question revient sans cesse : quelle est la bonne température pour une salle serveurs ? La réponse courte, c’est une plage comprise entre 18 et 27 degrés Celsius. Mais derrière ce chiffre se cachent des normes, des arbitrages énergétiques et des choix techniques qui méritent d’être posés. Cet article fait le tour de la valeur cible, de ce que disent les référentiels, puis des solutions pour l’atteindre sans faire exploser la facture, en commençant par un levier souvent oublié : la toiture du bâtiment qui abrite vos machines.
Quelle température recommander pour un data center
Au regard du rôle vital que jouent les data centers, garantir leur fiabilité passe d’abord par la maîtrise de l’ambiance thermique. Or il n’existe pas une seule valeur magique, mais des fourchettes issues de référentiels différents.
Ce que demandent les normes : deux fourchettes à distinguer
En France et plus largement en Europe, une norme s’applique aux constructeurs de matériel. Référencée ETSI EN 300-019-1-3, elle demande aux fabricants de garantir le bon fonctionnement de leurs équipements sur une plage allant de 5 à 40 degrés Celsius. C’est une première fourchette, large, qui définit ce que le matériel est censé encaisser sans casser.
Mais encaisser n’est pas fonctionner dans de bonnes conditions : un serveur qui tourne en permanence à 38 degrés vieillit plus vite et consomme davantage en ventilation interne.
Aux États-Unis, le poids des grands opérateurs a poussé la filière à se doter d’un référentiel plus fin. L’ASHRAE, l’American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers, publie des recommandations qui font autorité dans le monde entier. Pour la plupart des équipements informatiques, elle préconise une plage comprise entre 18 et 27 degrés Celsius en entrée d’air des serveurs. C’est cette fourchette qui sert de référence à la quasi-totalité des exploitants.
Les deux référentiels ne répondent donc pas à la même question. Le tableau ci-dessous les met en vis-à-vis.
| Référentiel | Plage de température | Ce qu’elle garantit |
|---|---|---|
| ETSI EN 300-019-1-3 (norme matériel) | 5 à 40 degrés Celsius | Le seuil de survie : ce que l’équipement encaisse sans casser |
| ASHRAE (recommandation d’exploitation) | 18 à 27 degrés Celsius en entrée d’air | La plage de fonctionnement fiable au quotidien |
| Consigne optimisée (tendance actuelle) | 24 à 27 degrés Celsius | Le meilleur compromis fiabilité / sobriété |
La fourchette ASHRAE est celle qui sert de cible d’exploitation. Reste à savoir où se placer à l’intérieur de cette plage, ce qui revient à arbitrer entre marge de sécurité et consommation.
Pourquoi viser le haut de la plage plutôt que le bas
Pourquoi pas plus bas, pour avoir de la marge ? Parce que refroidir coûte cher, en énergie comme en argent. Pendant des années, beaucoup de salles ont été maintenues à 18 ou 20 degrés par prudence.
La tendance actuelle est de remonter la consigne vers le haut de la plage, autour de 24 à 27 degrés : à cette température, le matériel reste parfaitement fiable et le système de refroidissement travaille beaucoup moins. Chaque degré gagné sur la consigne se traduit par une économie mesurable sur la consommation de climatisation.
Pourquoi pas plus haut, pour économiser encore ? Parce qu’au-delà de 27 degrés en entrée, les ventilateurs internes des serveurs s’emballent pour compenser, ce qui finit par consommer ce qu’on croyait économiser, et parce que la marge de sécurité fond en cas de panne du refroidissement.
La plage 18 à 27 degrés est donc un compromis entre fiabilité, longévité et sobriété énergétique. Cette logique de pilotage fin de la température rejoint ce que nous détaillons dans notre article sur le contrôle de la température pour les data centers.
Le vrai problème : évacuer la chaleur sans la fabriquer
Avant de parler solutions, il faut comprendre la physique de la salle. La chaleur à évacuer vient de deux sources. La première, interne et inévitable, c’est la dissipation des équipements : tout le courant qui entre finit en chaleur. La seconde, externe et souvent négligée, c’est l’apport solaire qui traverse l’enveloppe du bâtiment, en premier lieu la toiture. Bien piloter ces deux flux est le cœur de la gestion de la température d’un data center.
La toiture, une source de chaleur qu’on oublie de compter
Un toit sombre exposé au soleil d’été peut dépasser 70 degrés en surface. Cette chaleur descend par conduction et rayonnement vers les locaux situés dessous. Pour une salle informatique, cela signifie que le système de refroidissement doit non seulement évacuer la chaleur des machines, mais aussi compenser l’apport venu du toit.
Plus le bâtiment chauffe par le haut, plus la climatisation force, plus elle consomme. Réduire l’apport solaire par la toiture, c’est alléger la charge à la racine plutôt que de la combattre une fois entrée. Ce raisonnement vaut pour tout bâtiment industriel ou tertiaire, comme nous l’expliquons dans notre dossier sur comment isoler un bâtiment industriel et sur la page dédiée au secteur de l’industrie.
Les solutions de refroidissement, du plus énergivore au plus sobre
Pour ramener et maintenir une salle dans la plage cible, plusieurs leviers existent. Ils ne se valent ni en efficacité ni en consommation. Les présenter du plus gourmand au plus économe aide à construire une stratégie cohérente.
La climatisation : efficace mais énergivore
Le réflexe le plus répandu reste le système de climatisation dédié à la salle serveurs. Il fonctionne, il est précis, il sait tenir une consigne au degré près. Mais il a un coût énergétique lourd. La climatisation appartient à la triade CVC, chauffage, ventilation et climatisation, qui figure parmi les plus gros postes de consommation électrique d’un site. Dans un data center, le refroidissement peut représenter une part majeure de l’énergie totale consommée, à côté de l’informatique elle-même.
Dans une logique de transition énergétique et de maîtrise des coûts, l’enjeu n’est pas de supprimer la climatisation, qui reste souvent nécessaire, mais de réduire la charge qu’elle doit traiter. Moins le système a de chaleur à combattre, moins il consomme. C’est exactement là qu’interviennent les solutions passives décrites plus loin. Pour les exploitants soumis à des obligations de sobriété, cette démarche s’inscrit dans le cadre fixé par le décret tertiaire, qui impose une trajectoire de baisse de la consommation d’énergie des bâtiments, particulièrement structurante pour le secteur tertiaire.
Le free cooling : exploiter l’air extérieur
Le free cooling consiste à utiliser l’air extérieur, quand il est plus frais que l’air de la salle, pour refroidir les équipements sans solliciter en continu les groupes froids mécaniques. En climat tempéré, et la France l’est sur une grande partie de l’année, l’air extérieur passe sous la consigne de la salle pendant de nombreuses heures. On peut alors couper ou réduire la production de froid mécanique et se contenter de faire circuler l’air.
C’est une solution très efficace, mais qui demande des aménagements techniques :
- la gestion de l’humidité de l’air entrant ;
- la filtration de l’air extérieur avant son introduction dans la salle ;
- des registres motorisés pour piloter les débits ;
- une supervision pour arbitrer entre air extérieur et froid mécanique.
Elle se conçoit idéalement à la construction ou lors d’une rénovation lourde. Combinée à une consigne remontée dans le haut de la plage ASHRAE, elle augmente fortement le nombre d’heures sans climatisation. Nous détaillons l’éventail de ces approches dans notre article dédié aux méthodes pour refroidir un data center.
Le cool roof : agir sur la toiture pour réduire la charge
Voici le levier le plus simple à déployer sur un bâtiment existant, et le plus complémentaire des deux précédents. Le cool roof, ou toiture réfléchissante, consiste à appliquer un revêtement à albédo élevé sur la couverture en place. L’albédo, c’est la capacité d’une surface à renvoyer le rayonnement solaire vers le ciel plutôt que de l’absorber. Plus il est haut, moins le toit chauffe, moins la chaleur descend dans la salle. Nous décrivons ce mécanisme en détail dans notre article sur l’effet d’albédo.
#### Le principe physique
Le principe physique est simple. Une surface sombre absorbe la majeure partie du rayonnement solaire et chauffe fort ; une surface claire et réfléchissante en renvoie l’essentiel.
Le Lawrence Berkeley National Laboratory a mesuré qu’une toiture blanche propre réfléchit jusqu’à 80 % du rayonnement incident et reste environ 31 degrés plus fraîche qu’une toiture grise foncée. Même une teinte claire intermédiaire reste une douzaine de degrés plus fraîche qu’une couverture traditionnelle. Sur des relevés de terrain, un toit noir a été mesuré à 30 degrés de plus qu’un toit blanc voisin, dans les mêmes conditions d’ensoleillement. Cette différence, c’est autant de chaleur qui n’entre pas dans le bâtiment et que la climatisation n’a pas à évacuer.
#### Ce que dit la littérature scientifique
Les effets sur la consommation sont documentés. Selon l’agence environnementale américaine, remplacer une couverture sombre par une toiture réfléchissante peut réduire de 5 à 20 % la consommation annuelle de climatisation d’un bâtiment.
Une synthèse de la littérature scientifique parue dans la revue Energy and Buildings élargit la fourchette : selon le climat et le niveau d’isolation, relever la réflectance solaire de la toiture réduit les charges de refroidissement de 18 à 93 % et écrête la pointe de demande de climatisation de 11 à 27 %. La même étude rappelle qu’il suffit souvent de faire passer la réflectance d’un toit foncé, de l’ordre de 0,10 à 0,20, à environ 0,60 pour un toit clair, pour abaisser la consommation de climatisation de plus de 20 %.
Au-delà du bâtiment isolé, l’enjeu est aussi collectif. Des travaux de référence publiés dans Climatic Change ont estimé que généraliser les toitures et chaussées réfléchissantes à l’échelle mondiale équivaudrait à compenser environ 44 gigatonnes d’émissions de dioxyde de carbone, en relevant l’albédo des toits d’environ 0,25.
En France, l’ADEME classe les revêtements à albédo élevé parmi les solutions de rafraîchissement urbain, dans un contexte où l’écart de température entre un centre-ville et la campagne environnante peut atteindre 10 degrés en période de canicule. C’est tout l’enjeu de la lutte contre l’îlot de chaleur urbain. Refroidir un data center par le toit, c’est donc aussi participer à un effort plus large.
#### Ce qu’on peut en attendre sur le terrain
Pour un bâtiment hébergeant une salle informatique non climatisée, ou dont la climatisation est sous-dimensionnée, l’effet du cool roof se mesure directement sur la température ambiante. Sur un site français mal exposé qui plafonne autour de 40 degrés sous toiture l’été, le revêtement réfléchissant ramène l’intérieur vers 30 à 32 degrés, soit un net rabaissement de l’ambiance thermique.
Il faut rester honnête : on ne descend pas à 20 degrés avec un toit, et le cool roof ne remplace pas la production de froid d’une salle exigeante. Mais gagner 8 à 10 degrés sous toiture, c’est soulager d’autant le système de refroidissement et lui éviter de tourner à pleine charge aux heures les plus chaudes.
Comment juger un revêtement réfléchissant
Tous les revêtements ne se valent pas, ni en performance ni dans la durée. Deux indicateurs comptent. La réflectance solaire mesure la part du rayonnement renvoyée ; l’émittance thermique mesure la capacité de la surface à réémettre la chaleur emmagasinée plutôt que de la conserver. La norme ASTM E1980-11(2019) combine ces deux grandeurs en un indice unique, l’indice de réflectance solaire ou SRI, sur une échelle où 0 correspond à une surface noire de référence et 100 à une surface blanche de référence. Plus le SRI est élevé, plus la toiture rejette la chaleur. Nous décortiquons ces notions dans notre article sur le coefficient RS et l’indice SRI.
La durabilité fait la différence sur la facture réelle. La résine acrylique, majoritaire sur le marché, perd sa réflectance en quelques années : elle s’encrasse, se fissure, et l’effet rafraîchissant s’érode. Un revêtement polyuréthane réfléchissant de qualité conserve ses performances bien plus longtemps, à la manière d’une solution d’étanchéité réfléchissante durable. C’est la logique du moins cher qui coûte plus cher : un produit qu’il faut reprendre plusieurs fois revient plus cher qu’un revêtement durable posé une fois, un point que nous abordons sans détour sur notre page de transparence tarifaire.
Pour une couverture métallique, fréquente sur les bâtiments techniques, le choix du revêtement doit aussi intégrer la protection anticorrosion, sujet que nous traitons sur notre page toiture en bac acier et dans notre article sur l’isolation des toits en tôle.
La chaleur, ce n’est pas qu’une affaire de machines
Une salle informatique n’est pas peuplée que de serveurs. Des techniciens y interviennent, et les locaux attenants accueillent du personnel. Or la réglementation française ne fixe pas de température maximale de travail, mais l’INRS retient comme repères de prévention 30 degrés pour une activité sédentaire et 28 degrés pour un travail physique, en citant explicitement le rayonnement solaire parmi les facteurs d’astreinte thermique. Un bâtiment qui surchauffe par le toit met donc aussi en jeu la santé des personnes qui y travaillent.
Une obligation réglementaire qui se durcit
Le cadre se durcit. Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, en vigueur depuis le 1er juillet 2025, impose à l’employeur des moyens techniques pour réduire le rayonnement solaire sur les surfaces exposées ou prévenir l’accumulation de chaleur dans les locaux de travail, qu’il s’agisse de pare-soleil, de ventilation ou de brumisation.
Agir sur la toiture pour limiter l’apport solaire répond directement à cette logique de prévention. Nous développons ces obligations dans nos dossiers sur la chaleur au travail et sur la température maximale au travail.
Construire une stratégie cohérente
La bonne approche n’oppose pas ces solutions, elle les empile dans le bon ordre :
- réduire la charge à la source, en traitant la toiture pour limiter l’apport solaire ;
- exploiter ensuite l’air extérieur autant que possible avec du free cooling ;
- remonter la consigne dans le haut de la plage ASHRAE ;
- dimensionner enfin la climatisation pour traiter ce qui reste, devenu beaucoup plus modeste.
Chaque étage réduit la dépendance à l’étage le plus coûteux.
Dans cette chaîne, le cool roof est l’investissement le plus accessible sur un site existant : il ne touche pas à l’exploitation de la salle, il s’applique sur la couverture en place et il agit dès le premier été.
Selon l’état de la toiture et l’exposition du bâtiment, la baisse de la charge de refroidissement attribuable au seul revêtement réfléchissant se situe couramment dans une fourchette de l’ordre de 10 à 15 %, qui vient s’ajouter aux gains des autres leviers. C’est cette logique de sobriété par l’enveloppe que porte la gamme de revêtements CovaTherm 8/20 de Covalba, fabricant français de cool roof polyuréthane, conçue pour les toitures de bâtiments industriels et tertiaires. Pour les bâtiments éligibles, le coût d’application peut par ailleurs être allégé grâce à la prime CEE dédiée à l’isolation des toitures.
Pour savoir ce que votre propre toiture peut apporter, le plus simple est de partir de votre situation réelle :
- la surface de la couverture à traiter ;
- le type de toiture, bac acier, membrane ou étanchéité bitumineuse ;
- l’exposition et l’ensoleillement du bâtiment ;
- la présence ou non d’une climatisation et son dimensionnement.
Notre équipe peut établir un diagnostic gratuit et une estimation des économies adaptés à votre site. C’est le point de départ concret pour transformer une toiture qui subit la chaleur en une toiture qui la repousse.
Sources
- - Synnefa, A., Santamouris, M., & Akbari, H. (2007). Estimating the effect of using cool coatings on energy loads and thermal comfort in residential buildings in various climatic conditions. Energy and Buildings, 39(11), 1167-1174. - Akbari, H., Menon, S., & Rosenfeld, A. (2009). Global cooling: Increasing world-wide urban albedos to offset CO2. Climatic Change, 94(3-4), 275-286. - Lawrence Berkeley National Laboratory, Heat Island Group. (s.d.). Cool roofs. Lawrence Berkeley National Laboratory. - U.S. Environmental Protection Agency. (s.d.). Using cool roofs to reduce heat islands. U.S. EPA. - ASTM International. (2019). ASTM E1980-11(2019): Standard practice for calculating solar reflectance index of horizontal and low-sloped opaque surfaces. ASTM International. - Agence de la transition écologique (ADEME). (s.d.). Rafraîchissement urbain : luttez contre l'effet d'îlot de chaleur. ADEME. - Institut national de recherche et de sécurité (INRS). (s.d.). Travail à la chaleur : ce qu'il faut retenir. INRS. - Direction de l'information légale et administrative. (2025, 27 mai). Chaleur : quelles obligations pour l'employeur ? (Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025). Service-Public.fr (Entreprendre) Lien
Un projet de toiture ou de cool roof ?
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